Roger Greaves

Roger Greaves est un auteur éditeur franco-britannique né en Angleterre, établi en France, marié avec deux enfants. Diplômé des universités de St Andrews (langue et littérature françaises) et de Bordeaux (langue et littérature anglaises), il est l’auteur de nombreuses œuvres en anglais et en français répertoriées à la British Library et à la Bibliothèque nationale de France (voir ci-dessous). Tout en s'engageant dans l'action culturelle et la vie universitaire, il gère de 1990 à 2024 une société familiale d'édition basée dans les Alpes de Haute Provence et dirige de 2005 à 2020 une petite imprimerie du VIIe arrondissement de Paris, non loin de Gallimard. Il poursuit actuellement son activité d'auteur éditeur à Paris et en Provence comme entrepreneur individuel en auto-édition de livres.

Biographie

Origines

Né le 25 janvier 1941 dans la paroisse agricole et minière de Whitwell dans le Derbyshire, d'un père sous les drapeaux et d'une mère au foyer, le futur écrivain grandira à Worksop, petite ville industrielle au nord du Nottinghamshire, où son père gravira les échelons d'une importante verrerie coopérative. Sous l'impulsion de sa grand-mère Martha Thorpe, ancienne pianiste du cinéma muet à Nottingham, il prend des leçons de piano auprès d'une vieille dame de Worksop et pratique assidûment le bel instrument Chappell que lui offre Martha sur ses fonds personnels.

À douze ans, il entre comme boursier au King Edward VI Grammar School à Retford, village historique et bourgeois à 15km de Worksop où il se rend chaque jour par le train à vapeur qui relie Sheffield à Lincoln. Élève d'abord indiscipliné, il se civilise au contact de son milieu d'adoption constitué de maîtres en toge noire, de sportifs en tenue blanche et de fils de notables en blazers verts et rouges. Le train à vapeur le transporte souvent à Sheffield, encore dévasté par les raids de la Luftwaffe, pour assister à des concerts symphoniques ou de jazz traditionnel. Fondateur d'un club de jazz avec des camarades de classe, il rejoint la brass band de la British Legion de Worksop qui lui prête un trombone et lui apprend à en jouer. Il en profite pour s'insinuer illégalement dans un groupe de jazz qui anime une fois par semaine l'étage d'un pub en face de la mairie. Il contribue au journal du collège sous le pseudonyme de Zog, participe au Theatre Club et entre au comité du club comme secrétaire. Après être monté sur les planches dans plusieurs spectacles, notamment comme Sir Toby Belch dans Twelth Night, il démissionne quand le club refuse de monter son adaptation de l'Athalie de Racine, transplantée par ses soins en Russie soviétique. Il rejoint aussitôt la troupe du Retford Little Theatre, où il incarne notamment Roderigo dans une production remarquée d'Othello.

Grâce à ses mentors retfordiens, il devient fort en littérature, en musique et en français. Il visite longuement Berlin et Vienne lors de séjours organisés par ses maîtres pour tenter de réparer les dommages psychologiques de la guerre. En avant-dernière année, il est nommé Head Boy. Cette distinction lui vaut en 1959 une place à Balliol College, Oxford, où le règlement universitaire l'oblige à étudier l'allemand qu'il exècre en même temps que le français qu'il adore. En fin d'année, après avoir joué dans une pièce de théâtre sur le soulèvement hongrois de 1956, ramé pour son collège à la Eights Week, commencé un roman satirique sur Oxford qui restera inachevé, et joué en trio de jazz dans de nombreuses fêtes d'étudiants, il échoue à ses examens d'allemand. Mal vu par le doyen de Balliol qui ne le trouve pas à sa place, il décide de quitter Oxford pour étudier le français à St Andrews où est inscrite la Desdemona du Little Theatre.

Découverte de la France

Le département de français à St Andrews, que dirige depuis peu le seizièmiste Ian McFarlane, se montre d'une large culture humaniste. Le transfuge d'Oxford y trouve aussitôt sa place, d'autant plus que les locaux français sont à deux pas du département de musique de Cedric Thorpe Davie qui le recrute dans son orchestre et lui permet de s'essayer à l'orgue et au clavecin. Avec des amis de l'orchestre il monte le Gabrieli Consort, ensemble de cuivres anciens sur instruments modernes (!), et fait partie d'un groupe de jazz mainstream qui se produit pécunièrement les vendredi soirs au sous-sol de l'Imperial Hotel.

En troisième année, le règlement universitaire prescrit un séjour d'au moins un trimestre en France. McFarlane pousse pour que ce séjour soit plutôt d'une année. Ainsi Roger Greaves se retrouve en septembre 1963 à Angoulême, assistant d'anglais au lycée d'État de garçons situé dans de magnifiques bâtiments sur les remparts surplombant le lit de la Charente. Grâce à la bienveillance du censeur anglophile, tous ses cours de conversation anglaise sont programmés à 8h du matin, ce qui le dispense très vite de tout enseignement. Ses journées se remplissent d'écriture et de tâches bénévoles au centre équestre de Jean Pélissier, écuyer émérite dont le caractère et le savoir le marquent profondément. Adopté par les pions du lycée dont il partage l'internat, par la famille Pélissier (tous cavaliers sauf l'aristocratique épouse Jacqueline qui déteste les chevaux et leurs propriétaires), et par les membres huppés de l'Étrier charentais que ce jeune Anglais amuse, Roger Greaves vit une année superbe. Il la prolonge d'une deuxième année en tant que maître auxiliaire d'anglais au lycée agricole de l'Oisellerie, ancien relais de chasse de François Ier sur la RN10, où il se rend à mobylette en pardessus militaire et bonnet russe.

Rentré en Écosse pour terminer ses études, il y est bientôt rejoint par une jeune et aventureuse cavalière charentaise avec laquelle, une fois diplômé, il s'installe en 1967 dans une ruine périgordine pour se consacrer à la littérature. Par chance Oliver Stallybrass, figure bien connue de l'édition londonienne, le prend sous son aile et devient avec sa femme Gunnvor une inébranlable ancre affective, lui procurant des travaux de traduction et lui offrant un toit dans la capitale anglaise pour chacune de ses visites. En 1970, toutefois, un pur hasard le met sur la piste d'un poste universitaire à Paris et son départ finit par sceller le sort de l'épisode aquitain.

Action culturelle

Installé à côté de l'American Cultural Center à Saint-Germain des Prés, il a la charge d'un petit groupe d'étudiants américains inscrits aux Cours de civilisation française de la Sorbonne sous l'égide d'une entreprise culturelle du Connecticut ayant pignon sur rue à Londres. Cet American Institute for Foreign Study le promène en tournées de prospection aux États-Unis. Il y livre dans les campus des conférences sur la France moderne se terminant par des annonces publicitaires vantant l'efficacité de son rôle de "resident dean" à Paris.

La directrice des Cours de civilisation française lui présente comme professeur une amie d'une de ses filles. Après des études d'histoire de l'art à Paris, elle a fait un tour à Sri Lanka pour faire un livre de voyage et vient de rejoindre les CCF de la Sorbonne à la rentrée de 1974. Elle retrouve le "resident dean" à la fête de Thanksgiving de ses étudiants et ils se marient à Londres un mois plus tard.

C'est le début d'un véritable partenariat culturel. Sans parler des livres qu'il produira, il s'illustrera notamment en Haute Provence par le lancement d'une association culturelle qui restaurera l'orgue historique de l'ancienne cathédrale d'Entrevaux et donnera lieu de 1976 à 1986 à un festival de musique ancienne réunissant des musiciens français, britanniques, belges et suisses pour la création d'œuvres du passé européen dans le respect de leur contexte d'origine. En fait partie le Judicium Salomonis de Marc-Antoine Charpentier que Roger Greaves reconstitue à partir des parties vocales et instrumentales autographes conservées à la Bibliothèque nationale. Totalement bénévole, cette activité associative s'accomplit autour d'une ancienne écurie de village restaurée pour héberger famille et amis.

Carrière d'auteur éditeur

En tant qu'auteur, Roger Greaves crée dès le collège des œuvres sur lesquelles il espère fonder une réputation littéraire. Son Athalie sombre comme on l'a vu, suivie de sa satire oxfordienne, un roman à la D.H. Lawrence écrit pour impressionner Desdemona, une adaptation de Diderot à la Pierre Fresnay, trois bouffonneries pré-Monty Python dédiées à la cavalière charentaise, tous en anglais, ainsi qu'une poignée de nouvelles originales en français données à des amis d'Angoulême.

C'est son Diderot qui attire l'attention de l'éditeur Oliver Stallybrass, dont une première commande le lance à Londres comme traducteur indépendant du français vers l'anglais. Au fil des années, il y rencontrera un certain succès. Ses Eisner et Kaltenmark, formidablement difficiles à traduire, sont toujours disponibles en librairie en 2025. Sa transposition du roman de Christine de Rivoyre est nominée au prix Scott-Moncrief, lui valant d'être reçu en pompe au 58 Knightsbridge par l'ambassadeur de France Geoffroy de Courcel lors d'un raout avec la presse. N'empêche que la traduction littéraire est semée d'embûches. Une colossale traduction savante, entreprise à contre-cœur avec Oliver Stallybrass, est acceptée et payée, mais l'ouvrage n'est finalement pas fabriqué par l'éditeur parce que le texte traduit avec exactitude met à jour trop d'inexactitudes commises par le distingué auteur.

La période tracassante que consacre Roger Greaves à la traduction se termine en 1979 lorsque Thérèse de Saint Phalle, éditrice chez Flammarion, accepte sa biographie de Nadar entreprise dès 1976 avec le soutien amical de Jean Prinet, conservateur en chef à la Bibliothèque nationale. Jean Prinet ouvrira toutes les portes au couple Greaves, y compris celles de sa maison, le temps qu'ils fouillent l'immense fonds Nadar conservé rue de Richelieu. Pour fêter la sortie du livre, Thérèse de Saint Phalle les invite au mariage de son fils. Dans la foulée, Roger Greaves entreprend un grand roman provençal sur la musique, La quinte du loup, qu'il met définitivement de côté quand son éditrice le trouve améliorable. Il en reprendra cependant le thème plusieurs années plus tard sous le pseudonyme Léa Eustache, et sera ravi quand les catalogueurs de la Bibliothèque nationale lui demanderont, en tant qu'éditeur, si Léa Eustache n'a pas de rapport avec l'autrice d'une thèse sur la compositrice Élisabeth Jacquet de la Guerre.

Soutenue nécessairement par des aides et des jobs ponctuels, tels que l'office accaparant qu'il remplit en 1982-1983 d'administrateur de l'ensemble lyrique et instrumental Le Concert Royal, sa carrière littéraire est grandement facilitée à partir de 1997 par son recrutement au poste de maître de conférences en traduction française et anglaise à l'University of London Institute in Paris (ULIP, ex British Institute) situé rue de Constantine sur l'esplanade des Invalides. Le généreux salaire londonien, qui augmente régulièrement, autorise l'acquisition d'un appartement familial dans la rue de Verneuil près d'ULIP, et le travail universitaire peu exigeant avec ses longues vacances laisse du temps à la création de livres sous le double rôle d'auteur et d'éditeur.

La société familiale Greaves Associés basée à Entrevaux édite plusieurs titres universitaires et littéraires sous la bannière Bilingua Publishing jusqu'en 2005, avant que la prime de retraite d'ULIP et un legs du père de Roger Greaves financent l'acquisition de l'imprimerie Jacques Reich située en face de l'appartement de la rue de Verneuil. Il y fonde la marque Les Éditions d'En Face sous laquelle paraissent ses nouvelles œuvres nadariennes et d'autres créations de son cru, ainsi que des livres de ses deux fils. Pour ceux-ci, il rédige à la demande de leur mère une autobiographie en deux volumes qu'il fait imprimer en Angleterre en vue d'une diffusion confidentielle. Lors de la fermeture de l'imprimerie en 2015, Les Éditions d'En Face sont transférées à Entrevaux chez Greaves Associés en même temps que le site de streaming Bookspresso, marque déposée.

Aujourd'hui, tous les titres d'auteurs tiers publiés aux Éditions d'En Face ont été rendus à leurs ayants droit et seuls les anciens titres de Roger Greaves restent disponibles sur le présent site au format PDF. Ses titres récents (depuis 2020) sont distribués participativement aux formats ebook, broché et relié par KDP, Draft2Digital et Ingram sur les classiques points de vente physiques ou numériques.

Œuvre personnelle

Inédits

  • Jean Racine (trad. and adapt. Roger Greaves), Athalie, Retford, 1957
  • Roger Greaves, Letters to George, Oxford, 1960
  • Roger Greaves, [untitled novel], Ordsall, 1961
  • Denis Diderot (trad. and adapt. Roger Greaves), Rameau's nephew, Angoulême, 1963
  • Roger Greaves, Nouvelles françaises, Angoulême, 1963
  • Roger Greaves, When the cow jumps, Angoulême, 1964
  • Roger Greaves, A rustie peece, Angoulême, 1964
  • Roger Greaves, The divorce of Stanislas Poltroon, Angoulême, 1964
  • Pierre Chaunu (trad. Roger Greaves and Oliver Stallybrass), America and the Americas, Stanford (Calif.), 1971
  • Roger Greaves, La quinte du loup, Paris, 1980
  • Marc-Antoine Charpentier (éd. Roger Greaves), Judicium Salomonis, Entrevaux, 1983
  • Roger Greaves, The basilisk mirror, les Éditions d'En Face, Paris, 2014
  • Roger Greaves, The basilisk confounded, les Éditions d'En Face, Paris, 2014

Traductions

  • Dominique Fernandez (trad. Michael Callum, pseud.), The Mother Sea, London, Secker & Warburg, 1967
  • Philippe Jullian (trad. Michael Callum, pseud.), The Collectors, London, Sidgwick & Jackson, 1967
  • Édith Thomas (trad. Roger Greaves), The Women incendiaries, London, Secker & Warburg, 1967
  • Max Kaltenmark (trad. Roger Greaves), Lao Tzu and Taoism, Stanford (Calif.), Stanford university press, 1969
  • Lotte Eisner (trad. Roger Greaves), The haunted screen, London, Thames & Hudson, 1969 (ISBN 0500500010)
  • Christine de Rivoyre (trad. Roger Greaves), Morning twilight, London, Joseph, 1970 (ISBN 0718107144)
  • Jean-François Bergier (trad. Roger Greaves), The industrial bourgeoisie and the rise of the working class 1700-1914, London, Collins, 1971 (ISBN 0006324274)
  • Alain Lancelot et al. (trad. Roger Greaves), France from the air, London, Thames and Hudson, 1972 (ISBN 0500240841)
  • Pierre Leprohon (trad. Roger Greaves and Oliver Stallybrass), The Italian cinema, London, Secker and Warburg, 1972 (ISBN 0436244039)
  • Claude Fohlen (trad. Roger Greaves), France 1920-1970, London, Fontana, 1973 (ISBN 0006336094)
  • Jean Jules-Verne (trad. and adapt. Roger Greaves), Jules Verne : a biography, London, Macdonald and Jane's, 1976 (ISBN 0356081966)
  • Frédéric Grendel (trad. Roger Greaves), Beaumarchais : the man who was Figaro, London, Macdonald and Jane's, 1977 (ISBN 0354040219)
  • John Wilton-Ely (trad. Michael Callum, pseud.), Piranèse: les Vues de Rome, les Prisons, Paris, Arts et métiers graphiques, 1979 (ISBN 2700400348)

Éditions scientifiques

  • Antoine Houdar de La Motte (éd. Roger Greaves), Fables nouvelles 1719, Entrevaux, Bilingua GA éditions, 2000 (ISBN 2846560013)
  • Robert Samber (éd. Roger Greaves), One hundred new court fables 1721, Entrevaux, Bilingua GA éditions, 2000 (ISBN 2846560021)
  • Allan Ramsay (éd. Roger Greaves), Allan Ramsay's fables & tales, Paris, les Éditions d’En face Jacques Reich, 2011 (ISBN 9782352460275)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : La vraie bohème, Paris, les Éditions d’En face, 2015 (ISBN 9782352460572)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : Nouvelles de jeunesse, Paris, les Éditions d’En face, 2015 (ISBN 9782352460565)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : Souvenirs d'un médecin, Paris, les Éditions d’En face, 2015 (ISBN 9782352460541)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : Notes au crayon, Paris, les Éditions d’En face, 2015 (ISBN 9782352460558)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : Poèmes en prose, Paris, les Éditions d’En face, 2015 (ISBN 9782352460534)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : La chute du géant, Paris, les Éditions d’En face, 2015 (ISBN 9782352460596)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar, Série Nadar écrivain : La robe de Déjanire, Paris, les Éditions d'En face, 2015 (ISBN 9782352460589)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : Charles Baudelaire intime : le poète vierge, Paris, les Éditions d'En face, 2015 (ISBN 9782352460602)
  • Nadar (éd. Roger Greaves), Série Nadar écrivain : L'affaire du pseudonyme, Paris, les Éditions d’En face, 2015 (ISBN 9782352460527)

Créations

  • Roger Greaves, Nadar ou le Paradoxe vital, Paris, Flammarion, 1980 (ISBN 2080642782)
  • Roger Greaves, David Horner, L'anglais de la finance en 1000 mots, Paris, Belin, 1995 (ISBN 2701119375)
  • Léa Eustache (pseud. Roger Greaves), Plein-jeu, Paris, les Éditions d’En face Jacques Reich, 2005 (ISBN 2-35246-000-X)
  • Roger Greaves, Nadar quand même !, Paris, les Éditions d’En face Jacques Reich, 2010 (ISBN 9782352460190)
  • Roger Greaves, Histoires d'Entrevaux, Paris, les Éditions d’En face, 2019 (ISBN 9782846560146)
  • Roger Greaves, Monsieur Prosper, Entrevaux, les Éditions d’En face, 2021 (ISBN 9782846560191)
  • Roger Greaves, Reading Madeleine : Mrs Robert Henrey, authoress, Entrevaux, les Éditions d’En face, 2024 (ISBN 9782846560245)